La minute Sciences Co

Minute n°5 : l’intelligence artificielle au service de l’inclusion

À chaque semaine sa notion

La Minute SciencesCo est un rendez-vous hebdomadaire qui a pour objectif de proposer un moment d’acculturation à différentes thématiques traitées par les sciences cognitives.

Mis à jour le mardi 16 décembre 2025

Bonjour et bienvenue dans la Minute Sciences Co. Je suis le professeur Axone et je vais vous accompagner, chaque semaine, dans la découverte de concepts de sciences cognitives. Ensemble nous chercherons à en apprendre plus sur le fonctionnement de notre cerveau, mais surtout de celui de nos élèves.

Pour cette cinquième minute, je vous propose de parler des usages des intelligences Artificielle générative (IAg) au regard des sciences cognitives pour l’inclusion et la réussite de tous nos élèves. Des exemples d’outils et des pistes de mise en œuvre pédagogique vous seront proposés.

Vous êtes prêts ? Top chrono !

L’IAg en questions

Le déploiement de l’IA est désormais inéluctable (Lefebvre 2025), non pas parce qu’elle s’impose par sa seule efficacité technique, mais parce qu’elle s’inscrit dans un système de croyances et de pratiques qui transforment la société.
Réduire l’IA générative (IAg) à un simple outil serait donc illusoire : son usage modifie désormais en profondeur les pratiques pédagogiques et les rapports au savoir.

Cette inéluctabilité repose sur un double mouvement :

  • Diffusion massive des technologies dans la vie quotidienne (assistants vocaux, GPS, montres connectées)
  • Pression institutionnelle et sociale qui incite les enseignants à intégrer ces outils pour rester en phase avec les attentes des apprenants et les politiques éducatives.

Olivier Lefebvre (2025) donne un exemple concret d’usage de ChatGPT en suggérant comment, lorsque l’ enseignant autorise les élèves de sa classe à se servir de l’IAg pour « chercher des idées » ou « améliorer un texte », ceci amène intrinsèquement une fracture avec l’élève qui ferait le choix de ne pas l’utiliser, car il serait pénalisé d’office (temps plus long pour réaliser la tâche, moins d’idées, plus d’erreurs…).

Ainsi, la question n’est plus de savoir s’il faut utiliser l’IA, mais comment l’utiliser à bon escient.

Avec l’essor de l’IA en éducation les représentations qui en découlent sont nombreuses et parfois contradictoires.

Deux visions dominent l’imaginaire commun :

  • Une vision instrumentale et rassurante qui considère l’IA comme un simple outil dont il ne faut pas avoir peur, un outil au service des enseignants qui n’impacte pas de manière significative les pratiques pédagogiques,
  • Une vision plus critique soulignant la transformation profonde du rapport aux savoirs et des différentes postures, des élèves et des enseignants.
Ainsi, l’IA ne doit nullement être perçue comme une menace, mais plutôt comme une opportunité, un levier potentiel pour améliorer les apprentissages selon un cadre d’usage raisonné, éthique et responsable.

L’un des apports majeurs de l’IAg réside dans sa capacité à proposer des parcours d’apprentissage personnalisés. Jonas Erin, lors de son intervention à la table ronde de France Internationale a d’ailleurs évoqué la question de la transformation du métier d’enseignant.
En effet, l’IA a amené les enseignants à devenir des ingénieurs pédagogiques, ils produisent des scénarios différenciés et plus adaptés aux besoins des élèves : il ne se contentent donc plus uniquement de transmettre des connaissances ou d’évaluer des compétences (Erin 2025).

Ainsi, cette adaptativité répond à un enjeu central : la prise en compte de l’hétérogénéité des apprenants. Grâce à l’analyse des productions écrites ou orales, l’IAg peut identifier les besoins spécifiques de chaque apprenant (lacunes lexicales, erreurs grammaticales récurrentes, difficultés de prononciation) et générer des exercices ciblés.

Cette approche rejoint les principes des sciences cognitives :

  • Différenciation pédagogique pour varier les approches pédagogiques en tenant compte de la diversité des élèves (niveau, rythme, style d’apprentissage, besoins spécifiques…)
  • Rétroaction comme élément clés du processus d’apprentissage pour favoriser la consolidation des acquis
  • Soutien à la motivation, l’attention et l’engagement cognitif, renforcé par l’IAg en
    créant un climat propice à l’apprentissage.

L’IAg peut être utilisée à tout moment d’une séance, ou d’une séquence, plusieurs fois, selon les objectifs poursuivis :
  • Au début : pour réactiver et vérifier les acquis
  • Au milieu : pour favoriser la compréhension de nouvelles notions
  • À la fin : pour consolider et s’auto-évaluer
OutilsUtilisation
Quiz adaptatifs avec feedback immédiat Permettent de réactiver les connaissances avant d’entrer dans les nouvelles notions, et de s’assurer grâce au feed-back que tous les élèves aient les prérequis indispensables pour poursuivre
Flashcards numériques espacées Aident à la mémorisation des concepts et à la réactivation des notions et du vocabulaire
Vidéos entrecoupées de questions de compréhension Guident la compréhension d’un document nouveau, favorisent la compréhension de tous les élèves, à des rythmes différents et individualisés.
Fiches méthodologiques de métacognition Permettent à tous les élèves d’avoir une posture réflexive et de comprendre leur propre processus d’apprentissage ; aident l’enseignant à vérifier et rectifier, au besoin, la méthodologie de chaque élève.
Placemat (set de table) Permet une restitution coopérative en amènant les élèves à travailler en groupe et à exploiter ainsi l’apprentissage entre paires. Le travail coopératif est un levier pour les élèves qui craignent l’erreur mais aussi pour les élèves plus avancés qui, en restituant, aident leurs camarades à fixer les contenus et les structures linguistiques appropriées.

L’IAg, lorsqu’elle est pensée à travers le prisme des sciences cognitives, offre une plus-value pédagogique majeure pour l’inclusion de tous les élèves dans l’apprentissage des langues étrangères et secondes.

Contrairement à l’approche communicative dominante, souvent centrée sur l’usage spontané de la langue, les sciences cognitives insistent sur les processus mentaux sous-jacents à l’apprentissage (Hilton 2019) :

  • Mémoire déclarative et non déclarative
  • Automatisation de la compréhension orale
  • Surcharge attentionnelle

Ces éléments montrent que l’apprentissage linguistique est complexe et inégal selon les profils d’élèves.

C’est en cela que l’IAg devient un outil inclusif : elle permet de moduler les parcours d’apprentissage en fonction des besoins cognitifs spécifiques de chaque élève.

Grâce à ses capacités d’adaptation, elle peut :

  • Proposer des contenus différenciés selon les niveaux de mémoire ou d’attention ;
  • Renforcer la compréhension orale avant la production ;
  • Alléger la charge cognitive par des aides ciblées (sous-titrage, reformulation, visualisation, etc.).
Ainsi, l’IAg utilisée à bon escient et basée sur les principes des sciences cognitives met en avant la diversité des fonctionnements mentaux, différencie les apprentissages et individualise les processus en tenant compte des rythmes, des styles d’apprentissage et des obstacles cognitifs.

Cette approche rejoint les principes de l’inclusion éducative : chaque élève a droit à un environnement d’apprentissage adapté, qui lui permet de progresser selon ses propres ressources. L’IAg devient ainsi un assistant pédagogique capable de soutenir les élèves en difficulté, les élèves allophones, ou tout élève ayant des troubles spécifiques.

En s’appuyant sur les sciences cognitives, l’IAg permet donc de dépasser une vision uniforme de l’apprentissage des langues pour proposer une pédagogie inclusive, différenciée et fondée sur les besoins réels des élèves. Elle offre aux enseignants un outil puissant pour réduire les inégalités d’apprentissage, tout en favorisant la cohésion sociale par la rencontre des langues et des cultures (Erin 2025). L’IAg devient ainsi un levier d’apprentissage et d’inclusion, selon les objectifs de l’éducation inclusive portés par la déclaration d’Inchéon de 2015.

À vous de jouer !

Pour finir, je vous propose un mini défi : que puis-je faire dès demain pour utiliser l’IAg pour l’inclusion de tous les élèves dans ma discipline ?

Lors de ma prochaine séance, je me propose de créer une activité différenciée à l’aide d’une IAg : j’écris un prompt détaillant les besoins spécifiques de mes élèves (niveaux de compétences hétérogènes, élèves allophones) pour obtenir une activité permettant de réaliser une tâche différenciée selon les niveaux de compétences de la taxonomie de Bloom.

Ressources complémentaires

À la semaine prochaine pour une nouvelle minute SciencesCo !

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