Initié par Jean-François Chanet, recteur de l’académie de Créteil, et organisé par la Délégation régionale académique au numérique éducatif (Drane) d’Île-de-France, ce séminaire a rassemblé de nombreux acteurs autour de tables rondes, de témoignages, d’une conférence et d’ateliers pratiques.
Réaffirmer le rôle de l’École
Face aux risques d’un usage purement instrumental de l’IA, il a insisté sur la nécessité de préserver l’effort intellectuel et la pensée autonome. Enfin, il a plaidé pour une appropriation collective et accompagnée de ces outils, au service des apprentissages et de l’émancipation des élèves.
Par la suite, les enjeux liés à l’encadrement des usages de l’intelligence artificielle ont été posés conjointement par Ludovic Cavalier, directeur régional des systèmes d’information (Drasi), Pierre Cauty, délégué régional académique au numérique éducatif (Drane), et Christèle Marchais, déléguée régionale académique au numérique éducatif adjointe. Leurs interventions ont permis de dresser un constat partagé : face à une adoption massive de l’IA par les élèves, l’institution est confrontée à un double défi — réduire les écarts d’usages avec les adultes et proposer un cadre clair, sécurisé et collectif. Elles ont souligné la nécessité de former, d’accompagner et de sécuriser les pratiques, afin de faire de l’IA un levier au service des apprentissages, du pilotage et des missions éducatives, et non une source de déséquilibres ou d’inquiétudes.
Le séminaire a été honoré par la présence de Charles Torossian, président du Conseil d’évaluation de l’École et ancien directeur de l’Institut des hautes études de l’éducation et de la formation (IH2EF), invité en tant que grand témoin. En conclusion de la journée, Charles Torossian a rappelé que l’École n’est pas en concurrence avec les savoirs accessibles en ligne ou via l’IA : elle demeure le lieu du temps long, de la socialisation, de l’apprentissage du raisonnement et de l’esprit critique. Face aux risques d’illusion de savoir et d’isolement, il a insisté sur l’importance du travail collectif, du dialogue interdisciplinaire et du développement professionnel accompagné. L’IA doit ainsi être pensée non comme une menace, mais comme un levier au service des apprentissages, à condition de rester ancrée dans des valeurs humaines, éthiques et coopératives.
Faire réseau pour un accompagnement académique
Les échanges et les témoignages des nombreux acteurs intervenant tout au long de la journée du séminaire ont été prolongés par des ateliers et des forums concrets, illustrant ainsi trois axes structurants :
- faire réseau pour accompagner les équipes,
- définir un cadre d’usages partagé,
- identifier des usages raisonnés, au service des élèves et des personnels.
À cette occasion, Sylvain Rapin (chef de département ingénierie numérique, Drasi), Françoise Schiano Di Lombo (directrice adjointe de EAFC), Vincent L’Hôpital (inspecteur de l’éducation nationale), Élodie Gautier (Clémi), Julia Dumond (Canopé 94) et Martine Sache (déléguée académique à la formation des personnels d’encadrement) ont partagé leurs regards complémentaires sur les enjeux de l’IA à l’École. Les échanges ont mis en évidence la nécessité d’une formation structurée des enseignants et des cadres, l’importance d’un cadre d’usages clair et sécurisé, ainsi que le rôle central de l’éducation aux médias et à l’information dans le développement de l’esprit critique.
Un échange riche, révélateur à la fois des défis à relever et des leviers existants pour accompagner durablement les équipes éducatives et construire un cadre de confiance autour des usages de l’IA.
L’objectif est de permettre aux personnels d’un établissement de partager leurs expériences, d’exprimer les problématiques rencontrées et de construire collectivement des pistes d’évolution.
Les productions étaient partagées et commentées en ligne, favorisant un retour d’expérience immédiat et collaboratif. Des fiches-outils, très appréciées, étaient mises à disposition pour présenter de manière claire et accessible les fonctionnalités des principaux outils grand public.
Un cadre d’usages pour l’IA
Les échanges ont souligné l’importance de s’appuyer sur des solutions sécurisées et conformes au RGPD. Cette exigence est indispensable pour limiter les risques liés à l’usage de l’intelligence artificielle : exposition des données personnelles, dépendance à des services commerciaux, manque de transparence des modèles, etc. Plusieurs outils, dont certains sont déjà intégrés aux environnements numériques académiques, ont été présentés :
Pour le lycée, plusieurs ressources ont été proposées dont Vittascience, une plateforme dédiée aux sciences numériques, proposant des activités clés en main ainsi qu’un copilote éducatif sécurisé.
Pour le collège, il a été notamment présenté Écrivor, un outil d’aide à l’écriture conçu pour les élèves, facilitant la structuration et la révision des productions écrites.
La Drane Île-de-France a également présenté son tout nouvel outil Ré-Activ’, une application de mémorisation active s’appuyant sur les apports des sciences cognitives en éducation.
Pour les cycles 2 et 3, une attention particulière a été portée au dispositif des P2IA, explorant l’usage de l’IA pour soutenir la différenciation pédagogique et les apprentissages fondamentaux.
Support de présentation sur les P2IA
Des usages raisonnés, jugés prioritaires
La réflexion autour des usages prioritaires de l’IA s’est poursuivie tout au long de la journée, à travers plusieurs ateliers pratiques et les échanges d’une deuxième table ronde. L’enjeu commun : identifier comment l’IA peut soutenir les activités de chacun — élèves, enseignants, cadres et familles — tout en préservant l’exigence éducative et l’esprit critique.
Ces témoignages portaient sur deux questions centrales :
- Les IA aident-elles réellement les élèves à apprendre ?
- Les élèves savent-ils utiliser l’IA ? Quel rôle pour l’École dans cet apprentissage ?
En présentiel, lors de la table ronde animée par Clara Etner (IA-IPR de SVT), plusieurs enjeux ont été soulevés :
- la nécessité d’éviter le « désapprentissage » en maintenant l’effort scolaire ;
- le besoin de former élèves ET adultes à des usages éclairés ;
- l’importance d’une coéducation renforcée autour des usages numériques ;
- la différence de temporalité entre l’École et la société, et la responsabilité des cadres dans la prise en compte de ces transformations.
Les échanges ont permis de croiser les regards des participants, tous acteurs de la communauté éducative.
Adèle Klein, enseignante au collège Jules-Vallès de Vitry-sur-Seine, a partagé ses attentes vis-à-vis de l’IA tout en rappelant les limites qu’elle percevait dans l’usage de ces outils en classe.
Le témoignage de Quentin, élève de 4ᵉ, s’est révélé assez critique : il a questionné le rôle actuel de l’École face à l’IA, invitant les participants à réfléchir aux évolutions nécessaires pour mieux accompagner les élèves dans leurs pratiques.
De son côté, Marie Jezequel, personnel de direction au collège Robert-Doisneau de Clichy-sous-Bois, a replacé ces enjeux dans une perspective historique, rappelant la mobilisation collective déjà engagée il y a vingt ans lors de l’arrivée du numérique, et le rôle essentiel des équipes de direction dans l’intégration de l’IA.
Sabine Kitten, IA-IPR, a souligné quant à elle que le temps de l’École n’est pas celui de la société, apportant un éclairage précieux sur les enjeux pédagogiques et institutionnels liés aux usages de l’IA.
Enfin, Mohamed Dabo, parent d’élève au lycée Flora-Tristan de Noisy-le-Grand, a exprimé ses interrogations sur la place de l’École dans un contexte où l’IA transforme les repères éducatifs. Fort de son expertise professionnelle, il a ouvert des pistes de réflexion sur le rôle des familles et sur les attentes vis-à-vis de l’institution scolaire.
Pour aller plus loin :
- Le programme complet du séminaire
- Apprendre à l’ère de l’IA : apport des sciences cognitives (Conférence de Xavier Aparicio)