Nos métiers de cadres à l’ère de l’IA

Bâtir ensemble une culture commune sur l’IA

Séminaire du 27 novembre 2025

Comment créer et accompagner, à l’échelle d’un territoire, une culture commune de l’intelligence artificielle au service de la réussite des élèves et de l’action éducative ?

Le 27 novembre 2025, plusieurs centaines de cadres et d’acteurs de l’éducation se sont réunis à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé) de Bonneuil-sur-Marne pour une journée d’échanges, de travaux collaboratifs et de réflexion commune autour du développement raisonné, responsable et partagé des usages de l’IA.

Mis à jour le vendredi 20 mars 2026

Initié par Jean-François Chanet, recteur de l’académie de Créteil, et organisé par la Délégation régionale académique au numérique éducatif (Drane) d’Île-de-France, ce séminaire a rassemblé de nombreux acteurs autour de tables rondes, de témoignages, d’une conférence et d’ateliers pratiques.

Réaffirmer le rôle de l’École

Jean-François Chanet, recteur de l’académie de Créteil, a ouvert l’après-midi en appelant à aborder l’intelligence artificielle avec lucidité et esprit critique, sans fascination ni crainte excessive. Il a souligné l’importance d’écouter élèves, enseignants, parents et experts, tout en rappelant le rôle central de l’École dans la formation de citoyens éclairés.

Face aux risques d’un usage purement instrumental de l’IA, il a insisté sur la nécessité de préserver l’effort intellectuel et la pensée autonome. Enfin, il a plaidé pour une appropriation collective et accompagnée de ces outils, au service des apprentissages et de l’émancipation des élèves.

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En ouvrant la journée, Sophie Renaut, directrice de l’Inspé de Créteil, a rappelé l’engagement fort de l’institut dans l’intégration de l’intelligence artificielle à la formation des enseignants.

Par la suite, les enjeux liés à l’encadrement des usages de l’intelligence artificielle ont été posés conjointement par Ludovic Cavalier, directeur régional des systèmes d’information (Drasi), Pierre Cauty, délégué régional académique au numérique éducatif (Drane), et Christèle Marchais, déléguée régionale académique au numérique éducatif adjointe. Leurs interventions ont permis de dresser un constat partagé : face à une adoption massive de l’IA par les élèves, l’institution est confrontée à un double défi — réduire les écarts d’usages avec les adultes et proposer un cadre clair, sécurisé et collectif. Elles ont souligné la nécessité de former, d’accompagner et de sécuriser les pratiques, afin de faire de l’IA un levier au service des apprentissages, du pilotage et des missions éducatives, et non une source de déséquilibres ou d’inquiétudes.

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Le séminaire a été honoré par la présence de Charles Torossian, président du Conseil d’évaluation de l’École et ancien directeur de l’Institut des hautes études de l’éducation et de la formation (IH2EF), invité en tant que grand témoin. En conclusion de la journée, Charles Torossian a rappelé que l’École n’est pas en concurrence avec les savoirs accessibles en ligne ou via l’IA : elle demeure le lieu du temps long, de la socialisation, de l’apprentissage du raisonnement et de l’esprit critique. Face aux risques d’illusion de savoir et d’isolement, il a insisté sur l’importance du travail collectif, du dialogue interdisciplinaire et du développement professionnel accompagné. L’IA doit ainsi être pensée non comme une menace, mais comme un levier au service des apprentissages, à condition de rester ancrée dans des valeurs humaines, éthiques et coopératives.

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À travers l’ensemble de ces prises de parole, l’École réaffirme son rôle : accompagner les usages de l’IA pour en faire un levier d’émancipation et de formation de citoyens éclairés.

Faire réseau pour un accompagnement académique

Les échanges et les témoignages des nombreux acteurs intervenant tout au long de la journée du séminaire ont été prolongés par des ateliers et des forums concrets, illustrant ainsi trois axes structurants :

  • faire réseau pour accompagner les équipes,
  • définir un cadre d’usages partagé,
  • identifier des usages raisonnés, au service des élèves et des personnels.

Réunis lors d’une table ronde animée par Christèle Marchais, les membres du groupe de travail académique dédié à l’intelligence artificielle de l’académie de Créteil ont croisé leurs expertises afin de poser les bases d’une culture commune de l’IA, à la fois éthique, sécurisée et pédagogique. Piloté par la Drane, ce groupe de travail associe l’École académique de la formation continue (EAFC), la Délégation académique à la formation des personnels d’encadrement (Dafpe), la Cardie, les inspections disciplinaires, les DSDEN, le Clémi, Canopé et l’Inspé.

À cette occasion, Sylvain Rapin (chef de département ingénierie numérique, Drasi), Françoise Schiano Di Lombo (directrice adjointe de EAFC), Vincent L’Hôpital (inspecteur de l’éducation nationale), Élodie Gautier (Clémi), Julia Dumond (Canopé 94) et Martine Sache (déléguée académique à la formation des personnels d’encadrement) ont partagé leurs regards complémentaires sur les enjeux de l’IA à l’École. Les échanges ont mis en évidence la nécessité d’une formation structurée des enseignants et des cadres, l’importance d’un cadre d’usages clair et sécurisé, ainsi que le rôle central de l’éducation aux médias et à l’information dans le développement de l’esprit critique.

Un échange riche, révélateur à la fois des défis à relever et des leviers existants pour accompagner durablement les équipes éducatives et construire un cadre de confiance autour des usages de l’IA.

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Présenté par l’équipe de la Drane lors de l’atelier « Accompagner une équipe à intégrer l’IA en école ou établissement », le dispositif Café IA propose d’organiser des temps d’échanges locaux fondés sur des situations authentiques.

L’objectif est de permettre aux personnels d’un établissement de partager leurs expériences, d’exprimer les problématiques rencontrées et de construire collectivement des pistes d’évolution.

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La matinée proposait également une activité pratique sur la rédaction des prompts. Trois défis de création — une infographie sur le cadre d’usage de l’IA, un résumé de la circulaire de rentrée et un diaporama pour une réunion d’équipe — à réaliser avec l’outil au choix des participants.

Les productions étaient partagées et commentées en ligne, favorisant un retour d’expérience immédiat et collaboratif. Des fiches-outils, très appréciées, étaient mises à disposition pour présenter de manière claire et accessible les fonctionnalités des principaux outils grand public.

Un cadre d’usages pour l’IA

Les échanges ont souligné l’importance de s’appuyer sur des solutions sécurisées et conformes au RGPD. Cette exigence est indispensable pour limiter les risques liés à l’usage de l’intelligence artificielle : exposition des données personnelles, dépendance à des services commerciaux, manque de transparence des modèles, etc. Plusieurs outils, dont certains sont déjà intégrés aux environnements numériques académiques, ont été présentés :

Pour le lycée, plusieurs ressources ont été proposées dont Vittascience, une plateforme dédiée aux sciences numériques, proposant des activités clés en main ainsi qu’un copilote éducatif sécurisé.

Pour le collège, il a été notamment présenté Écrivor, un outil d’aide à l’écriture conçu pour les élèves, facilitant la structuration et la révision des productions écrites.

La Drane Île-de-France a également présenté son tout nouvel outil Ré-Activ’, une application de mémorisation active s’appuyant sur les apports des sciences cognitives en éducation.

Pour les cycles 2 et 3, une attention particulière a été portée au dispositif des P2IA, explorant l’usage de l’IA pour soutenir la différenciation pédagogique et les apprentissages fondamentaux.
Support de présentation sur les P2IA

Les groupes disciplinaires produisent également des ressources et scénarios d’usage permettant d’inscrire l’IA dans des pratiques pédagogiques concrètes. À cette occasion, Gwenaëlle Chambonnière (Greid Lettres – Académie de Créteil) a partagé une expérimentation menée en collège autour de l’usage de l’IA pour développer les compétences d’écriture.

Lors de l’atelier animé par Loïc Meaujean (Formateur Dafpe), la réflexion a porté sur la manière d’encourager une utilisation éthique, raisonnée et partagée de l’IA. L’enjeu : dépasser les initiatives isolées pour construire une véritable culture collective, fondée sur des pratiques communes, la transparence et le respect du cadre réglementaire.

Éthique et RGPD - Support de présentation Atelier 2

Des usages raisonnés, jugés prioritaires

La réflexion autour des usages prioritaires de l’IA s’est poursuivie tout au long de la journée, à travers plusieurs ateliers pratiques et les échanges d’une deuxième table ronde. L’enjeu commun : identifier comment l’IA peut soutenir les activités de chacun — élèves, enseignants, cadres et familles — tout en préservant l’exigence éducative et l’esprit critique.

Au cours de cet atelier, Stéphane Léger (chef d’établissement et formateur Dafpe) proposait d’expérimenter la production de documents professionnels à l’aide de l’IA, d’en identifier les bénéfices en termes d’efficacité, mais aussi les limites.

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Avec Syham Ghemri (IA-IPR et formatrice académique), les participants ont exploré la création assistée d’un sujet d’évaluation blanc afin de questionner l’impact de l’IA sur le pilotage pédagogique et sur l’évolution des pratiques d’évaluation.

Piloter avec l’IA - Support de l’atelier 4

Proposé par Grégory Quiquempois (chargé de mission numérique, Inspé), cet atelier montrait comment adapter une IA open source (Mistral, Perplexity…) à partir d’un corpus institutionnel pour un usage pédagogique ou professionnel, offrant ainsi des perspectives de personnalisation accessibles.

Ces ateliers faisaient écho aux échanges de la seconde table ronde, introduite par le témoignage vidéo d’un élève décrivant ses usages quotidiens de l’IA. À partir de cette parole d’élève, les différents acteurs de la communauté éducative — enseignante, personnels de direction, inspectrice, parent — ont réagi pour identifier des modalités de transposition responsables en milieu scolaire.

Ces témoignages portaient sur deux questions centrales :

  1. Les IA aident-elles réellement les élèves à apprendre ?
  2. Les élèves savent-ils utiliser l’IA ? Quel rôle pour l’École dans cet apprentissage ?

En présentiel, lors de la table ronde animée par Clara Etner (IA-IPR de SVT), plusieurs enjeux ont été soulevés :

  • la nécessité d’éviter le « désapprentissage » en maintenant l’effort scolaire ;
  • le besoin de former élèves ET adultes à des usages éclairés ;
  • l’importance d’une coéducation renforcée autour des usages numériques ;
  • la différence de temporalité entre l’École et la société, et la responsabilité des cadres dans la prise en compte de ces transformations.

Les échanges ont permis de croiser les regards des participants, tous acteurs de la communauté éducative.
Adèle Klein, enseignante au collège Jules-Vallès de Vitry-sur-Seine, a partagé ses attentes vis-à-vis de l’IA tout en rappelant les limites qu’elle percevait dans l’usage de ces outils en classe.
Le témoignage de Quentin, élève de 4ᵉ, s’est révélé assez critique : il a questionné le rôle actuel de l’École face à l’IA, invitant les participants à réfléchir aux évolutions nécessaires pour mieux accompagner les élèves dans leurs pratiques.
De son côté, Marie Jezequel, personnel de direction au collège Robert-Doisneau de Clichy-sous-Bois, a replacé ces enjeux dans une perspective historique, rappelant la mobilisation collective déjà engagée il y a vingt ans lors de l’arrivée du numérique, et le rôle essentiel des équipes de direction dans l’intégration de l’IA.
Sabine Kitten, IA-IPR, a souligné quant à elle que le temps de l’École n’est pas celui de la société, apportant un éclairage précieux sur les enjeux pédagogiques et institutionnels liés aux usages de l’IA.
Enfin, Mohamed Dabo, parent d’élève au lycée Flora-Tristan de Noisy-le-Grand, a exprimé ses interrogations sur la place de l’École dans un contexte où l’IA transforme les repères éducatifs. Fort de son expertise professionnelle, il a ouvert des pistes de réflexion sur le rôle des familles et sur les attentes vis-à-vis de l’institution scolaire.

L’École ne renonce pas à ses ambitions : elle reste un lieu de réflexion, de temps long et d’esprit critique. Elle s’approprie les outils et pratiques pour préparer les élèves au monde dans lequel ils vivront.

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